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20 Mai 2012, St Bernardin

 

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– On a le mort qu'il faut !*


++A vrai dire je n'ai pas aimé ce livre sur la forme (trop d'apartés, de répétitions et de retours en arrière) mais j'ai adoré le fond. L'histoire est compliquée à décrire sans raconter tout le livre. Jorge Semprun avait vingt ans en 1943. Communiste, membre du FTP-MOI et résistant dans le réseau "Jean-Marie Action", il est déporté au camp de concentration de Buchenwald. Un jour, un déporté Témoin de Jéhovah intercepte une note de la Direction Centrale des camps adressée à la Gestapo du camp de Buchenwald. Dans cette note il est demandé des informations sur Semprun. Inquiète pour la survie de Jorge, l'organisation clandestine du camp organise alors, au cas où..., l'usurpation d'identité d'un mort.

+Semprun était un "privilégié" de Buchenwald et ne s'en cache pas, mais il raconte son histoire, sans occulter la souffrance, sans tabou, sans larmoiement et même avec un certain humour parfois, malgré la dureté de l'atmosphère.

 

 

 

 

[ . . . ] Je ne sais pas comment faire comprendre à un jeune homme d'aujourd'hui, maintenant que le communisme n'est plus qu'un mauvais souvenir, un objet de recherche archéologique tout au plus, comment lui faire sentir, de toute son âme, de tout son corps, ce qu'aura été pour une génération qui atteignait à ses vingt ans à l'époque de la bataille de Stalingrad la découverte de Marx. Quelle tornade, quelle chance donnée à l'esprit d'invention et de responsabilité, quel renversement de toutes les valeurs quand on tombait sur Marx après avoir (un peu) lu Nietzsche, Zarathoustra, La naissance de la tragédie, Généalogie de la morale... Merde, quel coup de vieux ! Quelle joie de vivre, de risquer, de brûler ses vaisseaux, de chanter dans la nuit des phrases du Manifeste ! Non, sans doute, c'est impossible ! Oublions, terminons le travail de deuil, écartons-nous de Marx enseveli par les marxistes dans un linceul sanglant ou une trahison permanente. Impossible de communiquer le sens et le savoir, la saveur et le feu de cette découverte de Marx, à dix-sept ans, dans le Paris de l'Occupation, époque insensée où l'on allait en bande voir Les Mouches de Sartre, écouter cet appel à la liberté du héros tragique, où, ayant lu tous les livres, fleurissait soudain dans nos âmes le besoin d'une prise d'armes. [ . . . ]

[ . . . ] C'est au regard qu'on s'aperçoit du changement soudain, de la fêlure, lorsque la détresse atteint à un point de non-retour. Au regard subitement éteint, atone, indifférent. Lorsque le regard n'est plus la preuve, même douloureuse, angoissée, d'une présence ; lorsqu'il n'est plus qu'un signe d'absence à soi-même et au monde. Alors, on comprend, en effet, que l'homme est en train de lâcher prise, de lâcher pied, comme si ça n'avait plus de sens de s'obstiner à vivre ; alors on saisit dans l'absence à quoi se résume le regard qu'on avait peut-être connu vif, curieux, indigné, rieur, on comprend que l'homme, inconnu, anonyme, ou un camarade dont on sait l'histoire personnelle, est en train de succomber au vertige du néant, à la fascination médusante de la Gorgone. [ . . . ]

[ . . . ] La promiscuité, inévitable et permanente, était l'un des fléaux les plus funestes de la vie quotidienne à Buchenwald. Si l'on interrogeait aujourd'hui les survivants – rares, par bonheur ! bientôt on aura atteint le point idéal auquel aspirent les spécialistes : il n'y aura plus de témoins, ou plutôt, il n'y aura plus « de vrais témoins », c'est-à-dire des morts ; bientôt plus personne ne viendra emmerder les experts avec le dérangeant vécu, Erlebnis, vivencia, d'une mort dont on serait, plutôt que les survivants, les revenants –, si on interrogeait les survivants ou les revenants, ceux du moins qui seraient capables d'un regard lucide, non complaisant, dégagé des stéréotypes du témoignage larmoyant, pour véridique qu'il fût, il est probable que la faim, le froid, le manque de sommeil apparaitraient en premier lieu dans un classement péremptoire et viscéral des souffrances. Il me semble cependant que ces mêmes survivants, si on attirait leur attention et ravivait leur mémoire à ce sujet, reconnaitraient bien vite les ravages que provoquait l'inévitable promiscuité. Celle-ci constituait une atteinte plus insidieuse, moins brutale, sans doute, moins spectaculaire que les bastonnades perpétuelles, plus déconcertante aussi, à cause de ses aspects souvent grotesques, parfois même hilarants, à l'intégrité de la personne, de l'intime identité de chacun. Je ne sais si on peut mesurer objectivement une semblable donnée. Mesurer les conséquences du fait que pas un seul acte de la vie privée ne pouvait être accompli autrement que sous le regard des autres. il n'importait que ce regard fût, à l'occasion, fraternel ou apitoyé, c'est le regard en lui-même qui était insupportable. Il n'y a rien de pire que la transparence absolue de la vie privée, où chacun devient le big brother de l'autre. [ . . . ]

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Samedi 27 Décembre 2008Poster un commentaire
" Le rhinocéros du zoo de Vincennes, sa peau une écorce qui craquelle, il traîne. Licorne monstrueuse aux paupières de terre glaise, mastodonte de peine, sans espoir de remise. Vieillard, un enclot de béton vieux, vieille gloire, un hospice de banlieue. A l'étroit, piégés dans le zoo de Vincennes, une baleine noyée dans les eaux de la Seine. Quel chagrin, quel triste monde où la savane se fane à l'ombre de la fausse montagne du Zoo de Vincennes. Dans ce minable safari domestique où même le roi de la jungle abdique, loin de la savane et des vastes plaines, le lion est un vieux beau à bedaine. Crinière en calvitie derrière son grillage, il ne tourne même plus comme un lion en cage. A quoi bon encore jouer les bêtes féroces quand on ne fait même plus peur aux gosses ? Quel chagrin, quel triste monde où la savane se fane à l'ombre de la fausse montagne du Zoo de Vincennes. Sous la volière, des rapaces résignés regardent en l'air sans plus rien espérer. A coté les simagrées des singes sans gêne et un petit train que les enfants dédaignent. Un couple d'éléphants piétine d'ennui, aux défenses d'ivoire inutiles et ternies. Pour essayer d'atténuer la déprime qui les gagne, il faudrait un Lexomil gros comme un pain de campagne. Quel chagrin, quel triste monde où la savane se fane à l'ombre de la fausse montagne du Zoo de Vincennes. Est-ce que chez eux les enfants d'Afrique vont visiter des parcs zoologiques pour voir enfermés des bêtes qui viennent de loin, des chats, des pigeons, des horodateurs ou des chiens ? Le zoo de Vincennes, sinistre fête foraine, arche de Noé de banlieue parisienne, curieuse ménagerie triste et funèbre où les animaux s'emmerdent. Quel chagrin, quel triste monde où la savane se fane à l'ombre de la fausse montagne du Zoo de Vincennes. Dire que j'en suis l'indigène !... "


Bénabar - Le zoo de Vincennes (Les risques du métier)
Photo provenant de flickr :

Quel chagrin, quel triste monde...

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Jeudi 18 Décembre 2008Poster un commentaire

Chronique du règne de Nicolas Ier

+Brillantissime ! Honte à moi, je n'avais aucune idée de qui était Patrick Rambaud avant son passage chez Laurent Ruquier il y a de ca quelques semaines. Immédiatement mon âme de sale gauchiste a été enthousiasmée à l'idée de lire prochainement ses chroniques du règne de Nicolas Ier, pastiche de Saint Simon retracant avec précision et énormèment d'ironie les premiers mois de la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais habitant dans un pâtelin paumé avec une bibliothèque pas vraiment nerveuse, je n'ai pu me procurer que la première et j'attends avec impatience la deuxième. J'ai donc dévoré le jour-même cette Chronique du règne de Nicolas Ier, qui en plus d'être extrêmement bien écrite, est très drôle. Je crois d'ailleurs n'avoir jamais autant ri en lisant un livre. Pour moi l'intérêt majeur de cette chronique c'est d'être plongé dans deux histoires à la fois : celle du monarque Nicolas Ier et de sa cour, et celle bien sur de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement. C'est moqueur, presque méchant des fois mais tellement vrai. Allergiques à Nicolas Sarkozy, foncez ! J'ai hésité pendant des jours entre les passages que j'allais retranscrire ici mais le livre est tellement bon que plus je feuilletais, plus de nouveaux extraits me venaient à l'esprit ! J'ai finalement tranché pour deux passages assez intéressants pour donner envie de lire et assez sobres pour ne pas gâcher le meilleur non plus...



[ ... ] Pour commencer avec force, Sa Majesté ne parla plus désormais qu'en son nom propre et le confirma par une formule à la clarté aveuglante : « Le peuple m'a choisi pour m'occuper de tout et je ferai quelque chose sur tout. » Elle ne précisait point ce qu'elle ferait sur quoi mais se mit aussitôt à cette tâche immense, soucieuse de rénover les choses et les mots qui allaient avec les choses. Notre Impétueux Souverain n'utilisait pas les menteries ordinaires qui tissent une politique : au lieu de promettre, il affirmait, et en affirmant des choses différentes aux différents groupes auxquels il s'adressait, il pratiquait un brouillage fort déconcertant. Avant même qu'elle fut mise en ½uvre, une affirmation contraire venait recouvrir la première, qui en était oubliée avant que des malotrus pussent la contester, s'en moquer ou s'en indigner. Sa Majesté terrassait la critique par sa rapidité. Elle jetait des mots simples et vagues comme des devises, et si Napoléon, dont elle rêvait d'égaler au moins la renommée, avait fait gratter des frontons Liberté, Égalité, Fraternité, slogan qui devenait mensonger sous un pouvoir absolu, Notre Splendide Souverain penchait pour un slogan mieux adapté aux temps nouveaux : Travail, Famille, Patrie. Alors les mots s'inversèrent, l'ambition devint la sincérité, la compétition devint la conviction, le chauvinisme se mua en patriotisme et l'autosatisfaction en joie de vivre. Il suffisait d'accuser d'être partisan et borné quiconque semblait en désaccord avec la pensée régnante, et voilà pourquoi les traitres devinrent des pionniers, mais nous y reviendrons au moment opportun. [ ... ]

[ ... ] Notre Seigneur Adulé arriva en retard chez Johnny Walker Bush et sa famille décontractée. Il avait une veste noire avec la boutonnière décorée, des jeans bien repassés au pli quoiqu'en tire-bouchon sur les souliers. Il excusa aussitôt l'Impératrice, prétextant une angine blanche et soudaine qu'il lui aurait transmire sans l'avoir attrapée lui-même, car les maux pliaient devant lui. Il changea illico de sujet, évoqua M. de La Fayette que jusqu'à présent il confondait avec les Grands Magasins du même nom, mais il avait épluché les fiches si utiles du chevalier de Guaino dans son avion privé, pensez donc ! tant d'heures de voyage à l'aller, tant d'heures au retour, et il put rappeler que sous le roi Louis XVI nous avions participé aux premiers pas de l'Amérique avec ce M. Washington qui portait un nom de ville. Tant de savoir laissait Johnny Walker ébahi, lui dont les connaissances historiques n'allaient guère plus loin que Davy Crockett et les frères James, qu'il situait à cause d'Hollywood. [ ... ]

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Mercredi 10 Décembre 2008Poster un commentaire
Qu'est ce que tu voulais que je lui dise ?
+++Cette gamine assise en pleurs que chagrinent de trop grands malheurs. Les grandes s'amusent sans elle, exclue de la bande, elle reste toute seule. Une qui commande, des favorites, il parait qu'elle est trop petite, à la marelle y'a des V.I.P., dans les maternelles comme en boîte de nuit. Mais faut pas pleurer, ça va s'arranger... Qu'est ce que tu voulais que je lui dise ? Toute la vérité, rien que la vérité ? Est-ce que tu voulais que je lui dise, que ça ne fera qu'empirer ? Le plus triste, le plus dommage, elle ne le sait pas et c'est de son âge, mais elle-même un jour elle fermera sa porte quand à son tour elle sera la plus forte. Ce garçon assis dans un coin, quinze ans, la tête dans les mains. Premier amour, premier chagrin, comme le shampoing, la formule deux en un. Il a beau dire que c'est pas grave, jouer les hommes, faire le brave, la savoir dans les bras d'un autre, ca lui brise le coeur, ça lui ronge le ventre. Mais faut pas pleurer, ça va s'arranger... Qu'est ce que tu voulais que je lui dise ? Toute la vérité, rien que la vérité ? Est-ce que tu voulais que je lui dise, que ça ne fera qu'empirer ? Qu'il a pas fini de pleurer, que la leçon n'est jamais apprise, mais si ça peut le rassurer, lui-même un jour fera sa valise. Cette femme qui cache ses pleurs, le café coule dans la cuisine, son patron n'était pas fier, faut dégraisser, drôle de régime. Chemise cartonnée, demandes de formations, dossiers bien classés, lettres de motivation. D'un geste elle balaye de tristesse et de rage les fiches de paye, les demandes de stages. Qu'est ce que tu voulais que je lui dise ? Qu'est ce que tu voulais que je lui dise ? Puisqu'elle savait déjà, elle le savait mieux que moi, que ça ne va jamais s'arranger, que ça ne fera jamais qu'empirer. Ce vieil homme fatigué d'Algérie qui regrette son Maghreb jour et nuit, tout juste toléré aujourd'hui, faut dire que ça fait que trente ans qu'il est ici, qu'il ne sera jamais propriétaire, qu'il occupe une chambre de bonne au pays de Voltaire, au pays des lumières et des droits de l'homme. Ce sans-papiers rejeté qui repart, sans même dire au revoir, sans nous dire merci pour le billet de charter gratuit vers la misère de son pays. Ca le soulagera sûrement d'apprendre, et faudrait quand même pas qu'il oublie qu'on a gravé Fraternité sur le fronton de nos mairies. Ce taulard emprisonné dans une cellule à six, il devrait en profiter parce que bientôt ils seront dix. Ce malheureux qui dort sur une ventilation de métro, il s'en fout de savoir que je le chante pas assez fort et beaucoup trop faux. Qu'est ce que tu voulais qu'ils me disent ? Qu'est ce que tu voulais qu'ils me disent ? ”

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Mercredi 10 Décembre 2008Poster un commentaire

Marilyn et JFK

Si j'ai lu Marilyn et JFK c'est par fascination pour Marilyn. C'est cruel mais je n'aime que son image, son érotisme même mais je ne suis pas intéressée plus que ca par sa vie, son histoire ou même sa filmographie. Alors je me suis dit pour une fois, creusons plus profond que les apparences... pourtant en lisant ce livre je me suis retrouvée à 99% face à des histoires que je connaissais déjà. Si vous connaissez déjà un minimum de la vie de Marilyn Monroe et John Fitzgerald Kennedy, passez votre chemin, vous n'apprendrez rien. Contrairement à ce qui est annoncé sur la 4ème de couverture, l'écriture n'est pas "superbe" mais plutôt simple, sans être simpliste ceci dit. Quant à la "documentation", il faudra surtout croire François Forestier sur paroles. Dès les premières pages j'ai bloqué, parce que la manière de faire du sensationnel sur l'assassinat de Kennedy m'a choquée, je suis une petite nature parfois ! Peut-être parce que je trouve les images elles-mêmes particulièrement traumatisantes et que ce n'était pas la peine pour moi d'en rajouter. On savait déjà que l'image glamour de Marilyn, JFK et même Sinatra n'était qu'une apparence mais de là à accentuer chaque détail glauque de leurs vies... (En même temps ça change des "Kennedy, quel homme !" et "Marilyn, quelle beauté !"...) Pour moi ils n'étaient ni tout noirs, ni tout blancs, or dans le livre, ils sont surtout tout noirs. Je suis certaine qu'il y avait encore autre chose derrière leurs personnages publics et que ça n'a pas encore été raconté. J'aurai voulu savoir qui étaient vraiment Norma sans maquillage et John sans sa présidence. Ce qui me dérange en plus c'est qu'on a vendu ce livre comme les preuves inédites de l'amour entre eux, je m'attendais donc à des documents, des conversations pourquoi pas, quelque chose de concret qui nous fasse dire en effet Norma et John se sont aimés, sauf que le livre m'a conforté dans l'idée que JFK n'aimait que lui (et encore j'en suis pas certaine) et que Marilyn n'aimait que la lumière...

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Mardi 09 Décembre 2008Poster un commentaire
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